Conférence
Vendredi 09 octobre 2020 - 18:15

Dans la France d'Ancien Régime, l’exercice féminin du pouvoir demeure un fait exceptionnel. En dehors de La Rochelle, commandée un an seulement par la régente Anne d’Autriche, Le Havre est la seule ville à avoir jamais été gouvernée par une femme, qui plus est légitimement, et ce, pendant plus de 17 ans, entre 1643 et 1661.
Cette femme, d’abord « gouvernante-tutrice » puis « gouvernante » en titre de la ville du Havre, est Marie-Madeleine de Vignerot, duchesse d’Aiguillon, nièce du cardinal de Richelieu. Rien ne la prédestinait à ces fonctions. Un complexe écheveau de raisons familiales et de contexte politique est à l’origine de ce qui fut perçu par certains comme un scandale : une femme non seulement gouvernante d’une ville, mais encore de la « plus belle place (forte) d’Europe », selon les termes de Mazarin.
Loin de n’exercer qu’un pouvoir symbolique et lointain, elle se bat continuellement pendant presque deux décennies pour garder le gouvernement dans la famille Richelieu contre l’inimitié initiale que lui porte Anne d’Autriche, les anciens titulaires de la charge qui lui réclament des comptes, les échevins qui tentent de s’émanciper de son contrôle, et surtout contre les ambitions obstinées de Condé qui multiplie intrigues, complots et attaques militaires pour gagner coûte que coûte le Havre, enjeu clef de la Fronde encore sous-estimé par l’historiographie.
Étudier le gouvernement du Havre par la duchesse d’Aiguillon, c’est donc revisiter une histoire des femmes et un épisode de l’histoire du Havre encore mal connus. Mais c’est aussi apporter du sens aux événements majeurs de la Fronde que sont l’emprisonnement des princes et l’exil de Mazarin, dans lesquels la duchesse a joué un rôle majeur.
 


 

Auteur(s) :

Haguet Lucile

Lieu :

Atrium, Bibliothèque Niemeyer

Tarifs :

Entrée gratuite, réservation obligatoire : chrh.association@orange.fr